Coup de fatigue chez les salariés associatifs

Si vous travaillez dans le milieu associatif, vous avez déjà certainement été un jour confronté à l’absence d’un collègue « en arrêt ce matin » car il est « un peu fatigué ». En fait votre collègue vient de faire un burn out et est de ce fait incapable de venir travailler.
Si l’on entend de plus en plus parler des risques psycho-sociaux du fait du nombre de personnes touchées en France, ils restent trop souvent peu abordés, traités et anticipés dans le milieu associatif. Pourtant les situations sont bien réelles. Et si on imagine que ce secteur, en agissant pour le bien commun, ou l’intérêt général… échappe à la réalité des maux qui touchent les salariés, ce n’est hélas pas le cas.

1-Les risques psycho sociaux c’est quoi ?

Les risques psychosociaux (RPS) sont les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi, les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental. Sous l’entité RPS, sont entendus stress mais aussi violences internes (harcèlement moral, harcèlement sexuel) et violences externes (exercées par des personnes extérieures à l’entreprise à l’encontre des salariés). Le Ministère du travail situe les risques psychosociaux (RPS) à l’interface de l’individu et de sa situation de travail d’où le terme de risque psychosocial.
Dans son rapport 2009, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) regroupe les facteurs de RPS sous quatre grandes familles de tension :

  • organisation du travail,
  • satisfaction des exigences personnelles,
  • relations avec la hiérarchie et les collègues
  • changement au travail.

Chacune d’entre elles génère un niveau de stress plus ou moins comparable. On notera tout de même qu’au niveau de l’organisation du travail, c’est avant tout la surcharge de travail qui pose problème aux salariés et notamment auprès des salariés CSP+ ou de salariés qui se déclarent stressés.

2-quels sont les singularités dans le secteur associatif ?

La littérature sur les risques psychosociaux est assez abondante mais quand on s’intéresse plus précisément au secteur associatif (10% de l’emploi en France), on ne trouve presque aucune information spécifique. Il n’y a par exemple pas un mot sur le sujet sur le site du mouvement associatif. On notera tout de même les travaux de Bertaux Roger et Philippe Hirlet sur le secteur social (Roger, Bertaux, et Philippe Hirlet. « L’impact des régimes de gouvernance sur les métiers du champ social », Informations sociales, vol. 167, no. 5, 2011, pp. 104-112.) dont on trouve un diaporama en ligne.

Le contexte associatif concentre pourtant certaines difficultés qui augmentent les facteurs de risques pour les salariés et pour lesquels il faudrait proposer des réponses particulières :

  • le secteur est en profonde restructuration (diminution du nombre d’ associations de taille moyenne au profit d’associations plus grandes, réduction des subventions publiques, passage de la subvention à la commande publique, généralisation du mode projet, difficulté à renouveler les administrateurs, concurrence sur certains secteurs plus lucratifs avec la sphère privée…), rendant secondaire la mise en place d’une politique de prévention des RPS,

  • les conditions de travail combinent trop souvent des difficultés du privé (surcharge de travail, recours au CDD et au temps partiel important, précarisation de l’emploi, insécurité sur la pérennité des postes) et d’autres du public (salaire plus faible)…

  • les administrateurs bénévoles ne sont pas toujours conscients de leur rôle d’employeur, des devoirs qui leur incombent, de la posture à tenir. La relation de proximité parfois d’amitié entre salariés et bénévoles complexifie la relation de subordination.

  • la forte adhésion des salariés au projet associatif rend moins évidente les revendications sur les conditions de travail… Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre salarié comme administrateur parler de « salarié-bénévole » ou « salarié-militant ». Ce mélange des genres se veut de bonne intention pourtant il complique plutôt qu’il ne clarifie les rôles, l’organisation ou les relations entre employeur et salarié.

 3-Après avoir fait ce constat, on fait quoi pour prévenir les risques psycho-sociaux dans le milieu associatif

Devant ce constat, il parait opportun que le secteur associatif se saisisse collectivement de la question et apporte des solutions spécifiques en :

  • améliorant la connaissance sur les spécificités associatives des RPS par des études sectorielles qualitatives et quantitatives
  • formant les administrateurs au rôle d’employeur
  • favorisant l’information des salariés sur les RPS
  • évaluant les conséquences de l’augmentation de la taille des associations, du mode projet, des besoins de «professionnalisation »… sur le quotidien des salariés
  • travaillant sur les RPS avec les syndicats de salariés du secteur associatif
  • communiquant sur les différents dispositifs financiers permettant aux associations de financer des démarches de prévention (OPCA, Direccte, DLA).

Chacun peut individuellement se saisir de la question et initier une démarche de prévention des risques psycho-sociaux dans son association. Il est également possible de se faire accompagner dans cette démarche par un organisme compétent.

 

Pour aller plus loin sur le sujet

Que dit la loi en termes d’obligation de l’employeur ?

Les principes généraux de prévention prévus dans le code du travail : la prévention collective des risques psychosociaux s’inscrit dans la démarche globale de prévention des risques professionnels. En application de la directive-cadre européenne 89/391/CEE, la loi définit une obligation générale de sécurité qui incombe à l’employeur.
Article L 4121-1 du code du travail : L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Ces mesures comprennent :
1°Des actions de prévention des risques professionnels ;
2° Des actions d’information et de formation ;
3° La mise en place d’une organisation et des moyens adaptés.
L’employeur veille à l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes.

Où trouver de l’information ?

http://travail-emploi.gouv.fr/sante-au-travail/prevention-des-risques/risques-psychosociaux/

https://www.anact.fr/themes/risques-psychosociaux

http://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html